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Enseignement supérieur au Maroc : efficience du secteur public face au privé ?

Infographie : l'enseignement supérieur public coûte 8 fois plus cher que le privé

Efficience de l'enseignement supérieur public/privé. Pourquoi ?

Comparer l'efficience du secteur de l'enseignement supérieur public à celui de l'enseignement supérieur privé marocain est un exercice intéressant dans le sens où cela peut donner des pistes d'amélioration pour les deux secteurs. Dans ce cas précis, nous nous sommes intéressés à la comparaison du coût de revient d'un lauréat Bac + 3 dans les deux systèmes. Ce que nous avons trouvé est assez effarant.

Statistiques de l'enseignement supérieur marocain

Faute de données actualisées au moment de la rédaction de cet article en 2013, nous nous sommes appuyés sur les données statistiques officielles de l'A.U. 2009/2010. Même si ces chiffres sont anciens, à priori, il n'y a pas eu de changement majeur pouvant impacter les résultats de manière significative.

Statistiques de l'enseignement supérieur public

Statistiques de l'enseignement supérieur privé

L'efficience d'un cycle de formation

C'est le rapport entre le livrable et les ressources utilisées.

Le livrable d'un établissement supérieur pour un cycle donné est tout simplement le nombre d'étudiants admis au cycle suivant.

Les ressources utilisées découlent directement du nombre d'étudiants du cycle et du coût de revient unitaire d'un étudiant. Le coût de revient est bien évidemment supporté par la famille dans le cas de l'enseignement supérieur privé et par l'Etat dans le cas de l'enseignement supérieur public. Il se trouve que ce coût est sensiblement égal dans les deux cas, environ 35000 dirhams en moyenne, selon les dires concordants d'experts du domaine.

Pour simplifier les calculs, nous avons considéré que le nombre d'inscriptions, de ré-inscriptions et d'échec est constant dans le temps.

Calcul de l'efficience de l'enseignement supérieur privé/public

La répartition des étudiants par année est indisponible sur le site du Ministère, nous travaillons donc avec des estimations en utilisant la bonne vieille méthode du pifomètre.

Données estimées Privé Public
Inscrits premier cycle 22.764 268.624
Livrable (lauréats 1er cycle) 6.464 8.954
Coût de revient d'un étudiant en dh 35.000 35.000
Calculs Privé Public
Ressources utilisées 796.740.000 9.401.840.000
Efficience 8.11306E-06 9.52367E-07
Coût de revient d'un lauréat en dh 123.258 1.050.015

Discussion

La question de l'efficience de l'enseignement supérieur devrait fortement interpeller les contribuables marocains. Surtout quand on constate que l'enseignement supérieur privé est 8,5 fois plus efficient que l'enseignement supérieur public... En d'autres termes, un lauréat du Bac + 3 du public coute 8,5 fois plus à l'état que ne coûte un lauréat du privé à sa famille !

Le manque d'efficience de ce dernier s'explique directement par le taux de déperdition très élevé entre L1 et L2, entre L2 et L3 puis entre L3 et la diplomation.

Cette déperdition résulte elle-même d'un manque d'efficacité du système universitaire qui n'arrive pas à rattraper les lacunes du système de l'enseignement général.

La validation des études semestre par semestre avec un programme identique pour tous n'arrange sans doute pas les choses ! En effet, il faut tout valider pour obtenir le diplôme.

Le système anglo-saxon où pour valider la formation, l'étudiant doit accumuler un nombre de crédits fixé à l'avance en piochant dans une liste individualisé de matières, pourrait s'avérer plus souple... Et donc réduire la déperdition.

La meilleure efficience du supérieur privé quant à lui s'explique par :

Conclusion

Quand on compare les coûts de revient d'un lauréat, on comprend qu'il est temps de ré-examiner l'efficience de l'enseignement supérieur public dans l'optique d'une optimisation de l'emploi des ressources de l'Etat.

Pour réduire les gaspillages, une réduction importante de la déperdition devrait être l'indicateur pricipal de réussite du successeur de Lahcen Daoudi. Seulement, ce n'est pas très réaliste sans un changement radical du système.

Une autre façon de faire serait d'encourager les étudiants à s'orienter davantage vers les formations privées. Surtout quand on se dit qu'une partie importante du coût de revient de l'enseignement supérieur privé est constitué d'impôts et de taxes qui reviennent à l'Etat...

Lors de son mandat, Lahcen Daoudi a raté une opportunité, celle de faire respecter le principe de la liberté d'accès aux informations de l'administration. Avec des informations officelles, nous aurions pu allez au fond des choses.

Espérons avoi rréussi au moins à alimenter le débat sur cette question !