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Blog : écoles de commerce à Rabat


Classement des écoles supérieures au Maroc : regard critique

Notez que ce post est fortement inspiré par cet article de Malcolm Gladwell publié dans The New Yorker en 2011

Les meilleures école supérieures : faut-il croire les palmarès ?

De plus en plus d'établissements s'appuient sur les classements ou palmarès pour faire leur promotion. On peut citer HEM ou l'ESCA par exemple.

Outre le problème de la crédibilité d'une bonne partie des organisations qui réalisent ces classements, de nombreuses défaillances diminuent leur utilité réelle.

En particulier, le classement d'Eduniversal perd toute vraisemblance quand on constate que l'ISCAE et l'ENCG Settat sont derrière HEM et l'ESCA. HEM est bien un établissement respectable mais pas au point de surclasser les deux écoles de commerce les plus prestigieuses du pays ! Pour l'ESCA, c'est encore moins possible...

Sur la question d'utiliser les classements pour l'orientation, Nicolas Fellus, le Directeur de rédaction du groupe Studyrama.fr est catégorique.

[Mustapha Benkalfate](https://www.linkedin.com/in/mustaphabenkalfateconsulting) a lui une vision plus nuancée.

La méthodologie utilisée par les organismes de classements des établissements supérieurs

En règle générale, les classements partagent une méthodologie commune basé sur le choix d'un ensemble de critères pondérés.

Le classement de Shanghai repose sur 6 critères :

Chez Eduniversal, le classement s'établit :

Challenge.fr utilise quant à lui pour son classement des écoles de commerce françaises plus de 19 critères

Critiquons les classements d'école

Le classement de Shanghai élimine d'office les écoles de commerce et les écoles d'ingénieurs, mêmes les plus prestigieuses, car les critères retenus sont favorables aux institutions de recherche de grande taille. Or les écoles ont pour mission de former de futurs cadres supérieurs à Bac + 5/6, non des chercheurs.

Le classement de Challenge.fr a été conçu, pour évaluer les écoles de commerce. Il répond donc à la critique précédente en reconnaissant implicitement qu'il est illusoire de vouloir classer ensemble les universités et les écoles ou les écoles de commerrce et d'ingénieurs. Néanmoins, il souffre d'au moins deux problèmes majeurs. Premièrement, il ne tient pas compte de la qualité --forcément variable-- des filières de formation au sein d'un établissement. Les étudiants choisissent une formation par vocation et pour les débouchées qu'elle offre ; ces classements d'écoles ne peuvent les aider dans cette recherche. Deuxièmement, il suffit de changer la pondération pour obtenir des classements très différents. Or les étudiants accordent certainement des importances différentes à ces critères en fonction de leurs objectifs personnels. Cette critique est probablement la plus importante. La sensibilité à la pondération et la grande variation induite par celle-ci démontre toute la futilité de l'exercice de vouloir classer les écoles.

Une critique que l'on peut formuler à l'égard des classements de Shanghai et de Challenge.fr est qu'ils se basent en grande partie sur des données fournies par les établissements et sur des auto-évaluations sans contrôle à postériori. En raison des enjeux, les données et évaluations transmises peuvent être erronées à la source. Notons que certains organismes de classement s'appuient sur l'avis de pairs pour réduire ces effets.

Mais même quand les sources sont de bonne foi, la mesure d'une variable peut différer d'un établissement à un autre en raison de différences de méthodologies. Un exemple concret : imaginons que le classement retienne la variable "moyenne au bac des étudiants inscrits en première année" et que deux écoles recrutent des bacheliers majoritairement à partir d'académies différentes. Si entre les académies, la moyenne générale des bacheliers diffère grandement, utiliser cette variable pour classer ces deux écoles n'aura pas de sens.

Il est intéressant de comprendre que les classements ne tiennent pas compte du retour sur investissement d'une formation en raison de la difficulté à recueillir les informations nécessaires. Et ce alors que les salaires des lauréats, la rapidité de leur insertion professionnelle et leur évolution de carrière sont déterminants. Les classements évaluent donc les moyens et non les résultats.

C'est l'usage efficiente et efficace des moyens qui permettrait réellement de faire la part des choses entre le managements des établissements écoles... Or tous les classements font l'impasse sur la valeur ajoutée par l'école (i.e. l'efficacité de l'école). Précisions que cette valeur ajoutée correspond à la différence entre le niveau des étudiants à l'entrée et à la sortie. En toute logique, les écoles les mieux à mêmes d'injecter de la valeur devraient être privilégiées par les classements, ce qui n'est pas la cas aujourd'hui. Ils font également l'impasse sur l'efficience (i.e. le rapport qualité/investissement).